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04 septembre 2012

L'euro, nouveau monothéisme

On peut bel et bien parler de religion de l'euro, tant nos dirigeants persistent aveuglément dans l'erreur diabolique de l'édification d'une zone monétaire non optimale, ab initio, et qui accélère la récession des économies européennes. Si, en Allemagne (et ailleurs en Europe), le débat est régulièrement nourri par les médias et les partis politiques, sur la question cruciale de l'avenir de l'euro, force est de constater que la France, "fille aînée de la crise", méconnaît sciemment les ressorts dialectiques d'une saine disputatio sur le sujet. On doit d'autant plus le déplorer que  la majorité de nos concitoyens, plus familièrement (dés)informés par la déesse "télévision" allumée dans chaque foyer à raison de trois heures par jours environ, est, ainsi, délibérément tenue à l'écart de ce grand enjeu de politique nationale. Le cynisme et la duplicité des "élites" contribuent fortement à l'infantilisation des masses, auxquelles l'on fait accroire n'importe quoi, pourvu qu'elles consomment et qu'il leur soit dégagé suffisamment de temps de cerveau disponible pour adhérer, sans résistance, aux fallacieux et éphémères délices de la mondialisation marchande et consumériste. Cette anesthésie civique explique, en partie, pourquoi le libéralisme économique (représenté par la "droite") comme son frère siamois, le libéralisme ethico-politique (porté par la gauche "socialiste") alternent depuis trente ans au pouvoir, sans proposer de véritable alternative.

Quoi qu'il en soit, le mouton d'électeur ne voit pas que ses bergers le conduisent tout droit vers le précipice. Faute, en effet, de répondre efficacement à la crise de l'euro, c'est l'Europe politique qui s'en trouvera plombée durablement. ce n'est pas nous qui l'affirmons, mais l'économiste, Jacques Sapir. Dans une tribune publiée dans Le Monde (3 septembre 2012), ce dernier pronostique des lendemains funestes: " [le déficit public et l'accroissement de la dette sont aggravés par] l'anémie [d]es pays de la zone euro depuis l'introduction de la monnaie unique. Le décalage de croissance est net avec les autres pays développés non membres de la zone euro. Il faut donc s'attendre à une montée du chômage de 3 % à 4 % au minimum sur un horizon de douze mois. Dans ces conditions, parler de "redressement productif" pour la France est une sinistre fumisterie". Il préconise la sortie coordonnée, à l'échelle européenne,  de la zone euro, ce qui, selon lui, "permettrait de définir des niveaux de dévaluation et de se doter des mécanismes susceptibles de contrôler les mouvements de ces nouvelles parités". 

Ce spécialiste de l'Union soviétique, puis de la Russie, ne clame-t-il pas dans le désert, tant les études publiées ne manquent pas sur Internet? Mais comme il l'écrit encore, "les dirigeants français ont communié depuis des années dans la religion de l'euro. On comprend que changer de politique soit difficile. Mais ils doivent comprendre que ce qui nous attend, tant en France qu'en Europe, sera incommensurablement plus pénible, et aura de tragiques répercussions, s'ils ne prennent pas cette décision. Gouverner, c'est choisir". On rajoutera qu'il n'y a pas plus sourd que celui que ne veut pas entendre.

Aristide Leucate