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26 avril 2016

Ni droite, ni gauche: la politique comme souci

La caractéristique première d’un système réside dans sa capacité à assurer sa conservation, sa survie. Pour cela, il doit sans cesse évoluer non pour modifier intrinsèquement son identité primordiale (le ferait-il qu’il disparaîtrait en tant que tel pour devenir au autre), mais pour s’adapter à son environnement. Le système politique, surtout en démocratie, n’échappe pas à cette constante. Ainsi, le tropisme « ni droite, ni gauche » qui atteint l’ensemble des partis de l’Etablissement, du Front national, au nouveau « En Marche » d’Emmanuel Macron, jusqu’au MoDem, participe-t-il de cette fonction homéostatique qui maintien, vaille que vaille, le système politique actuel la tête hors de l’eau.

Au centre

Sans doute désireux de connaître les frissons d’une élection présidentielle – c’est-à-dire, finalement, sans que le moteur de ce souhait taraudant ne soit mû par un authentique et réel projet pour la France –, Emmanuel Macron a lancé, début avril un énième parti politique dont le positionnement officiellement déclaré ni à droite, ni à gauche, finit par confirmer, de part et d’autre de l’échiquier politique, l’existence de subdivisions (d’aucuns les qualifieraient plus poétiquement de « nuances ») au sein de chaque mouvance partisane : une aile droite au PS (sans oublier son aile « gauche » représentée par les « Frondeurs »), une aile gauche chez les Républicains, idem au FN et des « ni droite, ni gauche », chez les uns, comme chez les autres. Ces derniers, obsédés que nous serions par une inflexible rigueur taxinomique, seraient-ils donc des royalises latents (adjectifs utilisé dans une acception rigoureusement psychanalytique) ? Dans la négative, leur républicanisme sourcilleux les porterait-il alors vers le « centre » ? Celui-ci devient pourtant saturé à force d’être préempté, tant par François Bayrou que par L’UDI fondé par l’ex-ministre écolo, Jean-Louis Borloo ou le « Nouveau » centre présidé par Hervé Morin. De plus, leurs accointances idéologiques comme leurs connivences gouvernementales passées avec la « droite » républicaine (Bayrou fut ministre de Balladur et de Juppé, tandis que Morin occupa le portefeuille de la Défense dans le gouvernement Fillon) semblent les éloigner irrésistiblement de la senestre du blason multipartiste français. A croire que la loi du milieu s’applique partout sauf au centre, preuve de son instabilité congénitale due, pour l’essentiel, à l’opportunisme chronique de ses membres qui se vendent aux plus offrants. On se rappellera, pour l’occasion, cette boutade de Pasqua, selon laquelle (à l’époque), « le RPR amenait les électeurs et l’UDF les élus ».

Preuve tacite de la faillite du système

Sentant les Français peu à peu gagnés par un sentiment de dégoût à l’égard d’une classe politique endogamique et hors-sol dont le discrédit profond n’a d’égale que son incompétence structurelle à répondre efficacement à leurs problèmes (affaissement du pouvoir d’achat, chômage endémique, insécurités diverses, etc.), nos politiciens professionnels, sur les conseils de leurs conseillers en communication, se mettent à inventer des formules pour « faire de la politique autrement ». Le créneau « ni droite, ni gauche », un temps occupé par le FN (lui-même, l’ayant emprunté au général De Gaulle vitupérant, à son heure, contre le « régime des partis »), paraît faire des émules, tous azimuts. De Jean-Pierre Raffarin qui suggère un « pacte républicain » avec le gouvernement Valls pour lutter contre le chômage, à Yves Jego et Arnaud Montebourg qui propulsent un « Vive la France » transpartisan, jusqu’à Jean-Pierre Chevènement qui caresse l’utopie, «au-delà des logiques partisanes», de conduire l’improbable attelage d’« une alternative républicaine, de Mélenchon à Dupont-Aignan.» à Barbara Pompili, en rupture de ban avec son parti EELV, qui, avant son entrée au gouvernement, envisageait, elle-aussi, une « plateforme » « citoyenne », ni de droite, ni de gauche, bien que scrupuleusement « républicaine ». Toutefois, à bien y regarder, tous ont en commun des postures que l’on dénommerait « situationnistes » (rien à voir avec l’organisation marxiste debordienne), tant il est patent que tous cherchent d’abord à se démarquer de leurs attaches partisanes originelles. Un peu comme si, pressentant un inévitable naufrage, chacun essayait de rompre avec ce qu’ils tiendraient, implicitement mais nécessairement, pour des entreprises en état de faillite.

Se départir des partis

Cette démarche de type « marketing » est à la fois pathétique et d’un profond cynisme. Philosophiquement incapables de s’affranchir conceptuellement d’un paradigme politique qui ne serait, précisément, pas celui de la démo-oligarchie qu’ils ont toujours connus, ils persévèrent, néanmoins, dans l’erreur diabolique de conduire leurs mandants vers les mêmes mirages impolitiques qui mèneront, de toute évidence, aux mêmes catastrophes. Or, vouloir se débarrasser d’une étiquette, au prétexte de ne s’en voir affubler aucune autre, suppose, en toute logique, de ne pas rentrer à nouveau dans une logique de parti. En d’autres termes, s’émanciper du PS ou de l’UMP, comme de leurs innombrables clones ou alliés, implique de recouvrer une certaine liberté de pensée, de parole et d’action. Bref, se départir de tout parti, y compris celui que l’on serait naturellement conduit à créer, conformément à sa vision du Bien commun. Mais, c’est encore là que le bât blesse, car il conviendrait également de ne plus se laisser intellectuellement enfermer entre ses barrières idéologiques initiales. Dans un entretien à Boulevard Voltaire (17 avril), le philosophe Alain de Benoist réaffirme ce qu’il écrivait déjà dans la magistrale préface de son érudite anthologie des idées contemporaines, Vu de droite (Le Labyrinthe, 2001) : «  [on] ne juge pas des idées en fonction de leur provenance, mais en fonction de leur justesse. La valeur de vérité d’une idée ne dépend pas de son étiquette ». Tâche ardue, prima facie, que de jeter délibérément, presque à contrecœur, un voile d’ignorance opaque sur ses anciens préjugés, ses rassurants poncifs, ses principes abstraits. Et pourtant, si cruellement mais méthodologiquement nécessaire.

La politique comme souci

Il faut donc s’atteler au réel, ce qui signifie que l’on doit résolument tourner le dos aux ombres de la caverne et accepter, non seulement de voir la lumière (fut-elle, forcément, dans un premier temps, aveuglante), mais accepter aussi de voir ce que l’on voit, comme disait Péguy. La politique demande, dès lors, un effort particulier à l’esprit humain qui doit compter obligatoirement sur sa propre dimension tragique laquelle est, en même temps, la plus claire et immédiate conscience de la limite des possibilités humaines. En ce sens, toute politique se définirait, a priori, à l’aune de la part de démesure ou d’infini (sinon d’indéfini) projeté, qu’elle recèle. Pierre Boutang eut des phrases brillantes et subtiles pour approcher l’indicible condition ontologique de l’homme cet animal « politique ». Dans sa lumineuse Politique considérée comme souci (Jean Froissart, 1948), le philosophe démontre que tout homme doit avoir le « souci » de la politique, soit cette « destinée ‘‘ouverte’’ et qui peut être manquée ». On ne saurait mieux récuser, ce faisant, la « professionnalisation » de la politique qui s’analyse, au mieux, comme une captation illégitime de la prétention dévoyée et exclusive de quelques-uns à gouverner le reste, la masse. Illégitimité renforcée du fait de la déshumanisation corrélative de la politique et, partant, de sa perte de sens tragique. Or, nous dit encore Boutang, si « le souci politique n’est pas le souci tragique », il n’en demeure pas moins vrai que « la tragédie prend sans cesse la politique pour objet, parce que c’est dans les familles et les cités [nous soulignons] que le retentissement indéfini de la démesure, le risque fondamental pour l’être de l’homme de se dissoudre, se manifeste le mieux ». Précisant son propos, Boutang relève que « le souci politique est une attention aiguë à la possibilité indéfinie de la destruction que la démesure réveille, et dont la tragédie nous donne les exemples ». Rien de plus (ni moins, d’ailleurs) qu’une invite à reconsidérer la méthode maurrassienne (mâtinée de positivisme comtiste) de « l’empirisme organisateur » sous les auspices de la métapolitique et de la philosophie. Nous mesurons combien le « ni droite, ni gauche » est aussi superficiel que vain, tant il est aux antipodes de l’enjeu fondamental, au cœur de toute politique : la conservation du bien commun, dont l’homme constitue le principal « souci ». La politique est bien cette attention perpétuelle portée à l’homme et à sa civilisation. A ce stade, la question brûle les lèvres de savoir si, de cette conception ontologique de la politique, se déduit mécaniquement un type de régime ? Sans hésiter, nous pensons que la monarchie s’impose de facto car elle a pour elle de se situer hors d’atteinte de la fureur indomptable des passions, à commencer par celles de se faire élire, réélire et reconduire sans cesse. Elle s’épargne, aux moindres frais de son hérédité lointainement enracinée dans l’Histoire, de sombrer dans la « bêtise », cette « destruction de soi-même » écrit Boutang et qui fait « périr des Etats ». Maurras, évaluant l’indéterminé de cette « collectivité sans nom, sans honneur ni humanité », qu’est la République répondait que « la monarchie royale confère à la politique les avantages de la personnalité humaine : conscience, mémoire, raison, volonté » (Mes idées politiques, 1937).

 

Article paru dans L'Action française 2000 n°2930

30 décembre 2014

La démocratie totalitaire, l’autre nom du mondialisme

Et si les plus grands de nos maux civilisationnels et politiques provenaient de la démocratie, ce soi-disant régime de gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ? Pour tout militant d’Action française, un tel questionnement contenant sa propre réponse aurait, par principe, valeur de truisme ou d’évidence aporétique. Mais il se trouve que poser la question ne revient pas forcément à y répondre, tant la critique ne pouvant s’en tenir à la seule nocivité intrinsèque du régime, doit même la dépasser pour en analyser les fondements et les dévoiements.

Démocratie et République

Il est un fait observable par tous que jamais le système démocratique français n'a été si fort dans son emprise au point que sa remise en cause, même sur un plan purement théorique relève de l’hérésie, au mieux de l’utopie. C’est que la démocratie ainsi vécue est imprégnée, en tout cas, en France, d’un substrat républicain qui en altère autant sa définition que son fonctionnement. Ce faisant, il n’est désormais plus de démocratie sans république, la métonymie s’étant ici substituée à une synonymie commode. Or, la démocratie en soi, comme la monarchie ou tout autre système de gouvernement répertorié par la tradition philosophique et politique européenne est axiologiquement neutre. Sed contra, la République, bien loin de l’acception classique qui était la sienne, depuis Jean Bodin jusqu’à 1870 environs (soit étymologiquement, la « chose publique » équivalente du « bien commun » de la cité), finira par acquérir, notamment sous l’influence de Jules Ferry, Ferdinand Buisson ou Emile Combes (eux-mêmes fortement nourris des socialistes utopiques dont les idéaux étaient repensés dans les loges maçonniques) un sens profondément religieux. Le juriste Christophe Vimbert ne s’y est pas trompé quand, dans sa thèse de doctorat consacrée à La tradition républicaine en droit public français (LGDJ, 1992), il isole trois critères « idéologiques » venant compléter la définition formelle de la République comprise comme ni monarchique ni impériale (donc rejetant le principe héréditaire commun à ces deux régimes). D’abord, « la République organise son pouvoir sur le dogme (sic.) qui proclame le droit du peuple à se gouverner lui-même par le biais d’élection périodiques (…). Ensuite, la République, c’est un sentiment, une éthique, une mystique (re-sic.), un ‘‘parti pris’’ (Alain), un état d’esprit qui s’identifie aux Lumières (Rousseau, Voltaire…), aux droits de l’Homme [notez la majuscule] de 1789, au progrès, à la raison, à la morale républicaine, à l’éducation, la patrie, la justice, la méfiance envers l’Eglise catholique, la sympathie pour les classes populaires, etc. Enfin, une fois le suffrage universel établi (…), celui crée des conditions, des règles et une morale politiques qui excluent désormais tout recours à la violence et au coup d’Etat ».

La mystique démocratique

Dans Le Dilemme de Marc Sangnier, Charles Maurras s’attachait déjà à dévoiler les ressorts individualistes de la démocratie érigeant l’homme en démiurge capable, par la seule force de son incontestable volonté, de créer une loi morale surpassant la loi naturelle ou la loi divine. Le philosophe Maxence Hecquard écrit ainsi que la démocratie « est religion par excellence. Elle unit des hommes dont la transcendance est désormais en eux-mêmes. En dépassant l’hommerie, ceux-ci progressent vers un oméga de l’humanité qui confine à la divinité » (Les fondements philosophiques de la démocratie moderne, 2007). Sous-tendue par le respect obligatoire et sanctionné des droits de l’homme et de leurs avatars (liberté individuelle, lutte contre les discriminations, égalité commuée en genre), la démocratie s’abrite derrière le paravent des « valeurs » républicaines, que ne sont, en réalité, que des succédanées de valeurs chrétiennes sécularisées, ce que l’historien du droit, Jean-Louis Harouel, dénomme le « post-christianisme », soit « un salmigondis d’idées chrétiennes arrachées à leur contexte et pouvant être mises au service des »causes les plus délirantes et les plus néfastes à la société et à la nation ». Ces idées fondent « la religion humanitaire, cette religion séculière oppressive prétendant au monopole du bien » (Revenir à la nation, 2014). Forgée précisément contre le catholicisme, la démocratie républicaine est alors devenue une véritable « mystique » qu’Alain de Benoist, suivant les traces de Louis Rougier explique en ces termes : « rapportée au domaine de la politique et de l’idéologie, [la mystique] vise toute croyance qui refuse (consciemment ou inconsciemment) de se donner comme telle et qui se présente, faussement, comme fondée en raison sur des postulats ‘‘indubitables’’ » (Préface à La mystique démocratique, 1983). Précisément, Louis Rougier pointera les contradictions inhérentes à la démocratie et notamment son axiomatique de l’égalité « naturelle »qui en constitue le cœur. Ainsi, « en jetant dans le monde l’idée de l’égalité naturelle, de l’identité de la raison chez tous les hommes, d’où dérive leur égale compétence et leurs droits égaux, [l’égalitarisme rationnel] a conduit notre civilisation occidentale au paradoxe le plus considérable de son histoire (…). Entre le principe des majorités, issu du rationalisme, et le principe de la compétence, issu de la sociologie positive, le conflit est inévitable » (Les paralogismes du rationalisme, 1920).

L’oligarchie républicaine 

Régnant sur la masse, l’oligarchie finit par s’émanciper du peuple, le tenant à l’écart tout en s’exprimant en son nom, semblant le gouverner tout en se prévalant de sa légitimité. La volonté générale rousseauiste issue du suffrage universelle en fut peu à peu réduite aux acquêts d’une coterie privilégiée et endogame qui, subrepticement, a renversé le gouvernement de tous par la gouvernance par quelques-uns. Comme nous l’avons écrit, « par l’inextricable maillage dans lequel elle étouffe la société française (et européenne), cette complexe consociation d’intérêts parvient peu à peu à prendre le contrôle de la sphère publique comme de la sphère privée et à imposer son idéologie comme sa lexicologie propres » (Détournement d’héritages, L'Æncre, 2013). En quelque sorte, la synarchie comme organisation moins le complot comme soupçon méthodologique (Voir Olivier Dard, La Synarchie. Le mythe du complot permanent, 2012). La mainmise de cette oligarchie sur les leviers de pouvoirs étatiques, supra et infra étatiques, renforcée par son asservissement européen et son tropisme atlantique, dépossèdent littéralement les nations de leurs prérogatives. Pour gouverner, nul besoin du peuple, ni de son amour, ni de son estime, ni de sa confiance. Ainsi, les Etats sont-ils devenus de gigantesques conseils d’administrations où l’on décide par décrets et ordonnances, arrêtés ou directives européennes, quand ce n’est pas par arrêts de règlements, insupportables reviviscences des arrêts des Parlements, lesquels par leurs blocages systématiques, ont contribué à la chute de la monarchie. L’impossibilité de discuter de la démocratie moins en tant qu’évidence indémontrable que comme causalité probable de dysfonctionnement politiques, économiques et sociaux majeurs, est la marque manifeste de notre assujettissement à un réel totalitarisme. Louis Rougier observait ainsi le dévoiement tendanciel de la démocratie : « le glissement vers la gauche du libéralisme au radicalisme, du radicalisme au socialisme, du socialisme au communisme, est la pente inévitable que suivent les surenchères démocratiques ». L’on pourrait rajouter le glissement du communisme de marché qu’est le capitalisme vers le mondialisme.

Aristide Leucate

Article publié dans L'Action Française 2000 n°2893

 

28 août 2012

Présentation et utilité du blog

 Le blog d'Aristide Leucate de se veut réactif à l'actualité et aux mouvements perpétuels de la marche du monde. Il est un site métapolitique qui tend à saisir les constantes et les ruptures idéologiques. Partant du principe que ce sont les idées qui mènent les hommes et le monde, ce blog s'attache à montrer comment elle s'ancrent dans le réel.

Son objet, la réaction face à un évènement; son objectif, attirer l'attention sur cet évènement. Vivre c'est réagir, estimait Charles Maurras. D'ailleurs, il n'aura échappé à personne que le sous-titre de ce blog est directement inspiré de la vieille Action française, si royalement infuencée par le Martégal, au temps où celle-ci n'était encore qu'une jeune ligue...républicaine (animée alors par Maurice Pujo et Charles Vaugeois).

Un site "réac"? Soit. Mais pas forcément de droite. Pas non plus de cette gauche caviard qui se renvendique d'un socialisme nominaliste dont les nouveaux fondamentaux ont été si bien décrits par le "think tank" progressiste, Terra Nova. Bref, un blog "réactionniste" plus que réactionnaire.

Les auteurs de ce blog (dont Aristide Leucate, mais aussi Robert Massis, Emile Beaufort ou encore Antoine De Gamache) prônent leur attachement à la pensée libre autant qu'à son expression, celle-ci devant déployer ses talents dans les limites de plus en plus liberticides de la loi pénale. "Dura lex, sed fex".