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30 décembre 2014

La démocratie totalitaire, l’autre nom du mondialisme

Et si les plus grands de nos maux civilisationnels et politiques provenaient de la démocratie, ce soi-disant régime de gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ? Pour tout militant d’Action française, un tel questionnement contenant sa propre réponse aurait, par principe, valeur de truisme ou d’évidence aporétique. Mais il se trouve que poser la question ne revient pas forcément à y répondre, tant la critique ne pouvant s’en tenir à la seule nocivité intrinsèque du régime, doit même la dépasser pour en analyser les fondements et les dévoiements.

Démocratie et République

Il est un fait observable par tous que jamais le système démocratique français n'a été si fort dans son emprise au point que sa remise en cause, même sur un plan purement théorique relève de l’hérésie, au mieux de l’utopie. C’est que la démocratie ainsi vécue est imprégnée, en tout cas, en France, d’un substrat républicain qui en altère autant sa définition que son fonctionnement. Ce faisant, il n’est désormais plus de démocratie sans république, la métonymie s’étant ici substituée à une synonymie commode. Or, la démocratie en soi, comme la monarchie ou tout autre système de gouvernement répertorié par la tradition philosophique et politique européenne est axiologiquement neutre. Sed contra, la République, bien loin de l’acception classique qui était la sienne, depuis Jean Bodin jusqu’à 1870 environs (soit étymologiquement, la « chose publique » équivalente du « bien commun » de la cité), finira par acquérir, notamment sous l’influence de Jules Ferry, Ferdinand Buisson ou Emile Combes (eux-mêmes fortement nourris des socialistes utopiques dont les idéaux étaient repensés dans les loges maçonniques) un sens profondément religieux. Le juriste Christophe Vimbert ne s’y est pas trompé quand, dans sa thèse de doctorat consacrée à La tradition républicaine en droit public français (LGDJ, 1992), il isole trois critères « idéologiques » venant compléter la définition formelle de la République comprise comme ni monarchique ni impériale (donc rejetant le principe héréditaire commun à ces deux régimes). D’abord, « la République organise son pouvoir sur le dogme (sic.) qui proclame le droit du peuple à se gouverner lui-même par le biais d’élection périodiques (…). Ensuite, la République, c’est un sentiment, une éthique, une mystique (re-sic.), un ‘‘parti pris’’ (Alain), un état d’esprit qui s’identifie aux Lumières (Rousseau, Voltaire…), aux droits de l’Homme [notez la majuscule] de 1789, au progrès, à la raison, à la morale républicaine, à l’éducation, la patrie, la justice, la méfiance envers l’Eglise catholique, la sympathie pour les classes populaires, etc. Enfin, une fois le suffrage universel établi (…), celui crée des conditions, des règles et une morale politiques qui excluent désormais tout recours à la violence et au coup d’Etat ».

La mystique démocratique

Dans Le Dilemme de Marc Sangnier, Charles Maurras s’attachait déjà à dévoiler les ressorts individualistes de la démocratie érigeant l’homme en démiurge capable, par la seule force de son incontestable volonté, de créer une loi morale surpassant la loi naturelle ou la loi divine. Le philosophe Maxence Hecquard écrit ainsi que la démocratie « est religion par excellence. Elle unit des hommes dont la transcendance est désormais en eux-mêmes. En dépassant l’hommerie, ceux-ci progressent vers un oméga de l’humanité qui confine à la divinité » (Les fondements philosophiques de la démocratie moderne, 2007). Sous-tendue par le respect obligatoire et sanctionné des droits de l’homme et de leurs avatars (liberté individuelle, lutte contre les discriminations, égalité commuée en genre), la démocratie s’abrite derrière le paravent des « valeurs » républicaines, que ne sont, en réalité, que des succédanées de valeurs chrétiennes sécularisées, ce que l’historien du droit, Jean-Louis Harouel, dénomme le « post-christianisme », soit « un salmigondis d’idées chrétiennes arrachées à leur contexte et pouvant être mises au service des »causes les plus délirantes et les plus néfastes à la société et à la nation ». Ces idées fondent « la religion humanitaire, cette religion séculière oppressive prétendant au monopole du bien » (Revenir à la nation, 2014). Forgée précisément contre le catholicisme, la démocratie républicaine est alors devenue une véritable « mystique » qu’Alain de Benoist, suivant les traces de Louis Rougier explique en ces termes : « rapportée au domaine de la politique et de l’idéologie, [la mystique] vise toute croyance qui refuse (consciemment ou inconsciemment) de se donner comme telle et qui se présente, faussement, comme fondée en raison sur des postulats ‘‘indubitables’’ » (Préface à La mystique démocratique, 1983). Précisément, Louis Rougier pointera les contradictions inhérentes à la démocratie et notamment son axiomatique de l’égalité « naturelle »qui en constitue le cœur. Ainsi, « en jetant dans le monde l’idée de l’égalité naturelle, de l’identité de la raison chez tous les hommes, d’où dérive leur égale compétence et leurs droits égaux, [l’égalitarisme rationnel] a conduit notre civilisation occidentale au paradoxe le plus considérable de son histoire (…). Entre le principe des majorités, issu du rationalisme, et le principe de la compétence, issu de la sociologie positive, le conflit est inévitable » (Les paralogismes du rationalisme, 1920).

L’oligarchie républicaine 

Régnant sur la masse, l’oligarchie finit par s’émanciper du peuple, le tenant à l’écart tout en s’exprimant en son nom, semblant le gouverner tout en se prévalant de sa légitimité. La volonté générale rousseauiste issue du suffrage universelle en fut peu à peu réduite aux acquêts d’une coterie privilégiée et endogame qui, subrepticement, a renversé le gouvernement de tous par la gouvernance par quelques-uns. Comme nous l’avons écrit, « par l’inextricable maillage dans lequel elle étouffe la société française (et européenne), cette complexe consociation d’intérêts parvient peu à peu à prendre le contrôle de la sphère publique comme de la sphère privée et à imposer son idéologie comme sa lexicologie propres » (Détournement d’héritages, L'Æncre, 2013). En quelque sorte, la synarchie comme organisation moins le complot comme soupçon méthodologique (Voir Olivier Dard, La Synarchie. Le mythe du complot permanent, 2012). La mainmise de cette oligarchie sur les leviers de pouvoirs étatiques, supra et infra étatiques, renforcée par son asservissement européen et son tropisme atlantique, dépossèdent littéralement les nations de leurs prérogatives. Pour gouverner, nul besoin du peuple, ni de son amour, ni de son estime, ni de sa confiance. Ainsi, les Etats sont-ils devenus de gigantesques conseils d’administrations où l’on décide par décrets et ordonnances, arrêtés ou directives européennes, quand ce n’est pas par arrêts de règlements, insupportables reviviscences des arrêts des Parlements, lesquels par leurs blocages systématiques, ont contribué à la chute de la monarchie. L’impossibilité de discuter de la démocratie moins en tant qu’évidence indémontrable que comme causalité probable de dysfonctionnement politiques, économiques et sociaux majeurs, est la marque manifeste de notre assujettissement à un réel totalitarisme. Louis Rougier observait ainsi le dévoiement tendanciel de la démocratie : « le glissement vers la gauche du libéralisme au radicalisme, du radicalisme au socialisme, du socialisme au communisme, est la pente inévitable que suivent les surenchères démocratiques ». L’on pourrait rajouter le glissement du communisme de marché qu’est le capitalisme vers le mondialisme.

Aristide Leucate

Article publié dans L'Action Française 2000 n°2893

 

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