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30 décembre 2014

Clovis, l’inventeur de la laïcité

Un couple juif se fait agresser à Créteil et la République des Loges et des lobbys communautaires sonne le branle-bas de combat de la lutte contre l’antisémitisme, l’intolérance et de la sacro-sainte révérence à l’égard des insubmersibles « valeurs » de la République, au premier rang desquelles (à côté de l’inaltérable triptyque « Liberté-Égalité-Fraternité »), se trouve l’inévitable « laïcité ». Celle dont ses thuriféraires les plus creux datent l’avènement à la loi du 5 décembre 1905 portant séparation des églises et de l’État. Et combien de sottises sont alors proférées en référence à un signifiant récent dont le signifié fondamental remonte à Clovis…

La laïcité se confond avec la francité

Parce que les mots ont été subvertis, à dessein ou par ignorance, on métonymise, souvent pars pro toto, laïcité et laïcisme. A la séparation juridique de la première s’est agrégée l’autre séparation de la France et de sa culture chrétienne. Celle-là avait pour mérite, excepté la méthode pour le moins brutale et vexatoire – par son anticléricalisme confinant à une véritable haine d’État – de ne pas totalement couper avec les anciennes libertés gallicanes d’Ancien régime. L’historien, Pierre Chaunu, affirme ainsi que « comme l’admettent à l’époque certains catholiques, la Séparation est, au fond, pour eux une chance car elle leur rend, certes au prix fort, la liberté ». Le problème, néanmoins, reconnait encore Chaunu, est que « la Séparation ne fait que mettre au grand jour une réalité qu’elle accentue : la France n’est plus un pays catholique ». Or, c’est un fait que depuis le baptême de Clovis, la catholicité du roi s’est rapidement confondue avec la francité, identification politique que l’on finira par traduire avec la maxime « cujus regio, ejus religio ». Sauf qu’il s’agit bien plus que d’une simple question religieuse. En épousant certes le Dieu de Clotilde et de ses sujets, Clovis a littéralement fondé la France. Non pas la France charnelle, mais la France politique, celle qui permettra à la monarchie de s’enraciner et à la République de s’y vautrer indument, jusqu’à la souillure, dans les draps millénaires.

La laïcité, une lointaine spécificité française

Dans son essai sur Clovis, une Histoire de France (J.C. Lattès, 1996), Paul-Marie Coûteaux explique lumineusement que « dans la personne de Rémi ([évêque de Reims, NDLR] et dans celle du roi, s’incarnent des préoccupations fort différentes et l’on peut dire de leur extraordinaire rencontre ce que l’on dit fort justement des traités, qu’ils ne font ‘‘joindre des arrière-pensées’’ ». Et d’ajouter que « Clovis s’est agenouillé devant une puissance plus grande que la sienne : mais si Rémi a domestiqué une force guerrière neuve pour s’en servir de protection, la dynastie et l’Etat franc ont reçu une légitimité décisive, et, dans ce jeu de reconnaissance réciproque, chacun a besoin de l’autre ». Le baptême de Clovis fut, en effet, cet acte fondateur, primordial pourrait-on dire tant il assigne prioritairement, et pour des siècles, les missions et buts du pape et du roi « empereur en son royaume ». Personne, fors Dieu, au-dessus de lui, le roi de France ne souffre aucune concurrence dans l’État. Quant à l’Église, elle a toujours cherché à rester dans le giron de Rome pour échapper à son assujettissement par l’État (d’où les fameuses libertés gallicanes, conceptualisées au XIXe siècle et rétrospectivement appliquées aux réalités d’Ancien Régime, selon l’historien Alain Tallon). Mais elle a aussi entendu manifester, de façon constante, son indépendance à l’égard du pape. Deux postures, l’une dans la sphère temporelle, l’autre sur le plan spirituel, qui impriment si profondément et si singulièrement le sillon d’une idiosyncrasie de la nation française qui a su, dès l’origine, faire sienne, cette réponse du Christ aux pharisiens : « rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu » (Marc, XII, 13-17). En posant le catholicisme comme religion de la majorité des Français, Napoléon inscrivaient ses pas dans ceux d’Henri IV qui affirmait que, chacun dans leurs domaines respectifs, le politique et le religieux exerçaient un magistère complémentaire, sans préséance de l’un sur l’autre. C’est ce qui explique qu’en dépit des vicissitudes politiques et autres crises de régimes, la République n’a pu faire autrement que d’accepter naturellement de vénérer le sol sacré de la patrie après que la monarchie eût ancré sa légitimité le corps sacré du roi « Très-Chrétien ». La prise en compte de cette « sacralité » – que l’on ne doit nullement confondre avec une quelconque religiosité – est fondamentale pour appréhender les origines historiques et politiques de la laïcité.

Le laïcisme ou la laïcité dévoyée 

Dès lors, si lointainement, politiquement et spirituellement française, la laïcité n’a évidemment pas besoin de défenseurs aussi antinationaux et stupidement aussi anticléricaux que ses actuels sectateurs, « libres penseurs », héritiers caricaturaux des bouffeurs de curés maçonniques de la IIIe Gueuse. Il est ainsi grotesque de condamner l’érection de crèches au sein de mairies ou autres maisons communes, quand, au cœur d’icelles, tel édile ou élu invitera à rompre le jeûne du ramadan ou à fêter l’Aïd ; quand il permet l’introduction de menus hallal dans les cantines scolaires ou, dans les piscines, d’horaires d’ouverture différents pour les hommes et les femmes ; quand il laisse, quasiment impunies les hystéries blasphématoires des Femens, qu’il subventionne le « Piss Christ » et qu’il tolère les mahométans à prier dans la rue. Et quand il contourne allègrement la loi de 1905 en autorisant l’édification de mosquées, parfois avec l’aval de tribunaux administratifs complaisants, adoptant une définition plastique de la légalité. Et quand, dans le même temps, il détruit des églises, faute de les avoir entretenues durant des années ! Voici l’allahïcité du XXIe siècle ! Celle qui, dans un pays totalement déchristianisé (voire, plus largement, déculturé et décivilisé, attendu que notre héritage chrétien est indissociable d’immémoriales traditions païennes) comme le nôtre, ne retiens plus de la Toussaint, de Noël ou de Pâques, que ses avatars consuméristes Halloween, de jouets frappés d’obsolescence programmée et de vacances « low cost », pour le plus grand bonheur du « divin marché » (selon la formule du superbe essai éponyme de Dany-Robert Dufour). Un Tariq Ramadan, maniant la taqîya avec un art consommé de suprême hypocrisie, peut faire mine de défendre les racines chrétiennes de notre pays quand, jour après jour, celui-ci est en proie à une islamisation rampante, inéluctable et déterminée. Nous laisserons conclure cet immense juriste que fut Jean Rivero, lorsqu’il avertissait du danger de verser dans l’absurde, au nom d’une laïcité sourcilleuse : l’école [plus largement, l’État, NDLA] ne peut prétendre faire ignorer à l’enfant un phénomène sur lequel l’angélus de son clocher, la croix du carrefour, l’informent à longueur de journée ; (…) fait historique, fait actuel, le fait religieux n’a pas à être systématiquement passé sous silence : et ce silence même, à le supposer possible, ne serait-il pas une option ? » Cette option s’appelle le laïcisme, soit le nom sécularisé de la dhimmitude.

 Aristide Leucate

 

Article paru dans L'Action Française 2000 n°2899

 

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