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Aristide Leucate - Page 7

  • Détournement d'héritages référencé

    Le livre d'Aristide Leucate, Détournement d'héritages. La dérive kleptocratique du monde contemporain (L'Aencre, Paris, 2013) est désormais référencé sur le site d'achat en ligne, amazon.fr.

    Le lecteur de ce blog trouvera également, ci-dessous, le catalogue en version "pdf", édité par francephi.com traitant du dernier livre d'Aristide Leucate.

    L'Action politique remercie la librairie Chiré-Diffusion de la pensée française de proposer également l'ouvrage à la vente.

    Le livre est également annoncé sur le site maurras-actuel.com, dont nous remercions aussi les animateurs, ainsi que ceux de Metapo Info.

    Catalogue Francephi-decembre-2013.pdf

     

     

  • Les admonestations dînatoires du CRIF

     

    La pitoyable et affligeante « petite blague » du locataire de l’Elysée, ancien président du Conseil général de Corrèze, au-delà de son caractère anecdotique – eu égard à la banalisation de la fonction présidentielle allant de pair avec les aliénations substantielles de souveraineté entre les mains de Bruxelles – a été, une fois de plus, l’arbre médiatique qui a caché la forêt politique.

    La France, vassal d’Israël

    François Hollande a lâché sa saillie verbeuse au 28e dîner annuel du CRIF – Conseil représentatif des institutions juives de France qui fêtait également son 70e anniversaire –, le 16 décembre dernier, ce qui ne laisse pas d’interroger quant à la conformité de la présence présidentielle avec les lois régissant la laïcité en France. C’est une tradition républicaine de voir accourir à ce raout judaïque, tout le gratin de l’élite dirigeante, des politiques (de l’opposition comme de la majorité), aux journalistes, et toutes les institutions ayant pignon sur rue. Cette invitation est en réalité une sommation à comparaitre, tant pour renouveler le serment d’allégeance à la communauté juive, que pour se faire morigéner pour des prises de position ou des propos considérés comme déviants d’une doxa intransigeante indexée à la politique israélienne intérieure. En 2005, Alain Finkielkraut, éminent représentant de cette puissante communauté, confiait ainsi : « le pavillon d'Ermenonville est une merveilleuse salle de Bar Mitzvah. Voir cet endroit transformé annuellement en une espèce de tribunal dînatoire où les membres du gouvernement français comparaissent devant un procureur communautaire, cela me met très mal à l'aise ». Il convient, en effet, de ne pas se cacher derrière son petit doigt et d’admettre, sans acrimonie particulière et hors de toute polémique, que le CRIF, affilié au Congrès juif mondial, n’est rien d’autre que la légation officielle de l’Etat d’Israël en France. Au regard de la géopolitique historiquement instable du Proche et du Moyen-Orient, conjuguée à une immigration arabe et/ou musulmane pourvoyeuse de récriminations hostiles à « l’occupant » israélien, le gouvernement français marche sur des œufs, devant sans cesse, au prix d’équilibrismes périlleux, concilier des positions contradictoires, pour ne pas dire aporétiques. A cette aune, une telle soumission institutionnelle et politique à ce qu’Alain Soral dénomme « la communauté juive organisée », inféode, ipso facto, notre politique étrangère aux intérêts d’une puissance étrangère qui instrumentalise ses partenaires et homologues pour la bonne marche de sa politique extérieure, laquelle vise, précisément, à endiguer l’expansionnisme arabe et, à, terme, la pleine reconnaissance d’un Etat palestinien réellement indépendant. Avant-garde de l’Occident en territoires occupés, Israël n’a d’autre préoccupation que de sanctuariser au maximum ses colonies. Dans Nouvelles de France, l’ancien député, Christian Vanneste, estime que le chef de l’Etat ne peut « présider une réunion dont le caractère communautaire est inséparable d’une commémoration ô combien respectable. Cela crée un double malentendu : d’abord, celui du communautarisme, puisque celui qui parle au nom de la seule communauté républicaine, la Nation, se croit obligé d’évoquer un pacte qui existerait entre une communauté particulière et la République. Ensuite, le lien entre cette communauté et un pays étranger, justifié par l’histoire, et favorisé par la double nationalité, expose à des confusions entre politique intérieure et affaires étrangères au risque d’un dérapage qui s’est produit au détour d’une petite blague typiquement ‘‘hollandaise’’ ».

    La matrice de l’idéologie mondialiste

    De ce point de vue, il paraît évident que le CRIF se soucie bien peu de faire respecter une laïcité revêtant, a minima, les apparences de la neutralité confessionnelle, tant il estime, sous couvert d’un inconsolable martyrologue, détenir une créance imprescriptible sur le reste de l’humanité. L’interpellation publique de François Hollande par Roger Cukierman, président du CRIF, à propos d’un geste interprété par l’intéressé comme « le geste inverse du salut nazi », semble assez ahurissante ! Elle est assortie, qui plus est, de la traditionnelle reductio ad hitlerum, cet antisémitisme dont ferait preuve, en l’occurrence, l’humoriste Dieudonné, accusé pour l’occasion d’en être « un professionnel » patenté. La gauche sociétale au pouvoir tombe évidemment dans le panneau et se croit obligée de surenchérir dans la diabolisation de ce qu’elle est sommée de considérer comme un ennemi et non, le cas échéant, comme un simple adversaire, si tant est qu’un saltimbanque de profession puisse en être. Fondamentalement, et inévitablement, l’on se perd en conjectures sur ce tropisme judéo-sioniste de toujours qui caractérise tant nos gouvernants. Quand, en novembre 1967, dans une conférence de presse demeurée célèbre, De Gaulle osa affirmer que les « Juifs (…) étaient restés ce qu’ils avaient été de tous temps, c’est-à-dire un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur », il fournit, du même coup, une clé d’explication, ce d’autant plus que, prophétique, il augurait dans le même temps que « l’implantation de cette communauté sur des terres qui avaient été acquises dans des conditions plus ou moins justifiables et au milieu des peuples arabes qui lui étaient foncièrement hostiles, [entraînerait] d’incessants, d’interminables frictions et conflits ». Le traumatisme de la Shoah va bien évidemment accentuer cette dimension historico-anthropologique, par le biais de puissants relais politico-médiatiques qui vont mettre l’humanité en coupe réglée émotionnelle, sidérée par un « ininterrompu torrent de larmes ». A cette aune, l’antisémitisme a fini par être habilement fondu dans l’antisionisme, soit un verrouillage indestructible de toute pensée ou parole critique à l’égard d’Israël et du « peuple élu ». De la même façon que toute opposition au « mariage « homosexuel est assimilé à de « l’homophobie », que la critique de l’immigration de masse est apparenté à du racisme ou que le rejet de l’Union européenne relèverait d’un nationalisme xénophobe. C’est à se demander si le cosmopolitisme de jadis, aujourd’hui appelé « le mondialisme », ne proviendraient pas d’une et seule et même matrice ? Poser la question…

    Aristide Leucate


    Article paru dans L'Action Française 2000 n°2877


     

  • Maurras. Le fantôme et l'héritage

     

     

    Il y a une dizaine d’année, l’auteur de ces lignes, dans une recension de Mes idées politiques (reparues aux éditions L’Age d’Homme) publiée dans une revue universitaire, écrivait que « si la doctrine [maurrassienne] paraît quelque peu oubliée car insuffisamment enseignée, il en reste au moins une terminologie et des concepts. En ce sens, à l’instar de la philosophie marxiste, la pensée maurrassienne demeure incontournable ».

    Maurras ambivalent

    Propos candides dus à la joie d’une réédition inespérée ou conviction enracinée dans une foi militante encore ardente ? Toujours est-il que, dix ans plus tard, le Charles Maurras – Le Maître et l’action du professeur Olivier Dard amène à reconsidérer notre conclusion. Non qu’elle soit désormais frappée d’obsolescence ou devenue épistémologiquement erronée ou inexacte, car, force est de constater que subsiste une lexicologie reprise à l’envi dans la sphère politico-médiatique. L’emploi de syntagmes tels que « pays légal, pays réel », voire même « politique d’abord », témoignent d’une réactivation de mots anciens banalisés à la lumière de maux permanents (crise financière et politique, germanophobie latente, incapacité du régime, etc…). L’ouvrage d’Oliver Dard est capital. Avec une écriture serrée qui ne s’encombre pas d’enluminures stylistiques, l’auteur va à l’essentiel. Il est vrai que tout a été dit, ou presque, sur le Martégal, notamment depuis les substantiels travaux de Victor Nguyen, James Mac Cearney, Stéphane Giocanti ou Tony Kunter, pour n’en citer que quelques-uns. Excédant le cadre de la simple biographie, (dont les éléments factuels ne sont repris qu’à titre de jalons et de prétextes pour éclairer tant le cheminement intérieur de Maurras, que sa relation aux autres, maurrassiens, dissidents et adversaires), ce livre ,relativement dense et court (352 pages, bibliographie et index compris), se veut un essai à la fois prospectif (que reste-t-il de Maurras et de son héritage intellectuel ?) et définitif, tant il reprend et synthétise les travaux et colloques entrepris et supervisés par ce spécialiste sérieux et incontesté des droites radicales françaises. N’ignorant certes pas la prolifique prose du maitre de l’Action française, Olivier Dard exploite judicieusement la volumineuse correspondance qu’il entretint avec son précepteur, l’abbé Penon (échanges épistolaires organisés et présentés sous le titre Dieu et le roi. Correspondance entre Charles Maurras et l’abbé Penon, par notre ami Axel Tisserand, aux éditions Privat), finalement bien plus éclairante que ses seuls textes politiques, pour peu qu’on prenne la peine d’y lire entre les lignes. Par surcroît, l’historiographe n’hésite pas à emprunter la piste psychanalytique pour tenter d’expliquer (de façon assez convaincante, d’ailleurs) « l’ambivalence » d’un Maurras théoricien puissant et influent, mais incapable, finalement et nonobstant ses exhortations, de passer à l’acte. Sans doute, explique Dard, l’auteur de l’Avenir de l’Intelligence fut-il, très tôt, marqué à jamais par « les trois failles de son enfance et de son adolescence » (mort prématurée du père, surdité, perte de la foi), facteurs « résilients » qui déterminèrent ce que Pierre Boutang, son plus célèbre (dis) continuateur avait décrit comme « la destinée et l’œuvre ». La véhémente acrimonie des dissidents de l’Action française à l’égard de celui dont ils attendirent, en vain, qu’il enjoignît le « coup de force » fatal au régime, fut proportionnelle aux espoirs impatients qu’il suscita, dès l’Enquête sur la monarchie, par la force persuasive et envoûtante d’une doctrine supposée inoxydable. Sans avoir aucunement été l’inspirateur d’un fascisme à la française (sed contra, cf. Zeev Sternhell ou Ernst Nolte), il convient d’admettre que la béante déception qu’il provoqua chez nombre de ses disciples, ouvrit immanquablement, chez certains d’entre eux (Georges Valois, Robert Brasillach), la voie aux folles nuits immenses et rouges des Walpurgis fascistes, quand d’autres ne sombrèrent pas dans l’action violente (la Cagoule). C’est que, tout à sa sa quête quasi mystique d’un improbable général Monk, Maurras mettra obstinément « l’accent sur la propagande par l’imprimé ou par la parole et en même temps [fera] l’impasse sur le travail de terrain et l’implantation militante ».

    Du droit d’inventaire…

    Sans passer sous silence les hauts faits d’armes de la Ligue d’Action française, de l’Institut de formation éponyme, des canulars à coups de cannes plombées des Camelots du Roi, l’auteur consacre la seconde moitié de son remarquable travail à l’étude des causes et conséquences de la chute de la maison d’AF. Non par dilection morbide ou sadique, mais pour tenter d’en appréhender l’essence. Attachés que nous sommes à la « vieille maison », sachons honnêtement reconnaître qu’en dehors de notre cercle encore vif et solide, bien que resserré, « six décennies après sa mort (…), le maurrassisme ne pèse plus guère dans le débat public, ni en France ni à l’étranger ». C’est, en outre, l’apport fondamental du livre que d’avoir consacré d’intéressants développements à la postérité maurrassienne en Europe (Suisse, Portugal, Espagne) et au Canada français, pour montrer, in fine, que le rayonnement de Maurras connaîtra « un coup d’arrêt » au lendemain du Second conflit mondial et de l’épuration. Viennent ensuite des pages passionnantes sur la survie post mortem de Maurras et du maurrassisme. Reprenant la formule de Boutang, selon laquelle « le souci de filiation », que ce dernier manifesta dans les colonnes de La Nation française (jusqu’à reprendre en première page de l’hebdomadaire, la rubrique « La Politique » inventée par son auguste devancier), « ne saurait confondre ‘‘fidélité et fossilisation’’ et que les idées de Maurras ne peuvent être entendues comme ‘‘une doctrine immuable’’ et une sorte de ‘‘catéchisme rigide’’ », Dard montre alors comment la « réactivation politique » de la doctrine d’AF ne peut faire l’économie d’un droit d’inventaire minimal. Ni malveillant ni complaisant, l’universitaire interroge froidement, non sans une discrète pointe d’empathie mélancolique, « la place effective de Maurras dans la vie politique et intellectuelle française » ? Pour asséner, tout en semblant s’en désoler, que « sur le plan du débat d’idées, Maurras n’est plus une référence mais tout juste un opprobre ».

    …au devoir d’invention

    On aura compris, en refermant cet essai, que « ce qui domine chez Maurras, est moins une influence politique directe, y compris sous Vichy, qu’une forme de magistère intellectuel ». Dont acte. Implicitement, mais nécessairement, cela signifierait-il que le dernier carré de maurrassiens « orthodoxes » dont nous sommes, n’est voué qu’à entretenir la flammèche vacillante d’un musée déserté et exhérédé ? Si notre force est, paraît-il d’avoir raison, pourquoi, en effet, la pensée maurrassienne est-elle condamnée à louvoyer entre les écueils de l’indifférence et de l’oubli, oubli d’où une kyrielle d’ignorants se permet de le sortir régulièrement dans le dessein délibérément infâmant de la reductio ad hitlerum ? Poser la question ne revient pas forcément à y répondre. Si Maurras fut un « contemporain capital » durant des décennies, force est de constater qu’il n’est plus qu’un fantôme qui hante ses disciples devenus orphelins. Il reste l’héritage, une œuvre immense mais illisible pour des générations asséchées par un enseignement scolaire inepte ayant résolument tourné le dos aux auteurs classiques, au latin et à la syntaxe. Olivier Dard relate les expériences de renouvellement de la pensée maurrassienne qui ont conduit à l’éclatement de la vieille AF et à la naissance de la Nouvelle Action Française puis de la Nouvelle Action Royaliste. Pour autant, faut-il continuer de s’inspirer d’une démarche qui procédait par emprunts successifs aux modes idéologiques du moment ? L’Autre Maurras d’un Gérard Leclerc se réclamant de la pensée de mai 1968, « dans le souci de transformer Maurras en ‘‘révolutionnaire positif’’ », outre qu’il est suranné (malgré son indéniable intérêt philosophique), relève intrinsèquement de la même « paresse intellectuelle » qu’il reprochait alors à ses ex-compagnons de route. Le syncrétisme semble avoir été confondu avec la synthèse, tandis que la pâmoison devant le miroir aux alouettes du gauchisme n’était que lointainement inspirée, jusqu’à la plus grotesque des caricatures, d’un vague « compromis nationaliste » remis au goût du jour. Dès lors, pour tenter de revenir, non à la lettre mais à l’état d’esprit qui présidait à l’Action française de 1899, envisageons précisément d’être pleinement d’Action française avant que d’être prioritairement maurrassien. Retenons les méthodes de nos maîtres (l’empirisme organisateur, notamment) et resituons-les dans une perspective renouvelée qui ne soit pas soumise à la dictature de l’instant, mais contribue activement au mouvement des idées. « Ni droite, ni gauche, le Roi ! » Pourquoi pas. Mais pourquoi pas, également, « et à/de droite, et à/de gauche, pour le Roi » ? Sans le vouloir, Olivier Dard nous incite, à travers ce portrait tout en finesse de notre vieux maître, à enrichir notre communauté réduite aux acquêts d’un maurrassisme ipséiste, dont la seule présence ne tient, finalement, que par le souvenir plus ou moins précis, quand ce n’est par le fantasme ou le mythe. Récusons le crépuscule d’une idole, selon l’heureuse expression de Michel Onfray, mais à la condition d’accepter qu’une nouvelle aurore se lève sur l’AF. Faute de quoi, les derniers vestiges du maurrassisme n’abriteront que les fossoyeurs d’une pensée devenue stérile à force d’être abusivement convoquée tant par des ignorants malintentionnés que par des thuriféraires dogmatiques.

    Aristide Leucate

    Olivier Dard

    Charles Maurras – Le maître et l’action

    Armand Colin, Paris, 2013, 25€