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Aristide Leucate - Page 10

  • ENTRETIEN AVEC ARISTIDE LEUCATE, AUTEUR DE DETOURNEMENT D’HERITAGES (PROPOS RECUEILLIS PAR FABRICE DUTILLEUL)

     

    « C’est un fait indéniable que nos sociétés contemporaines changent de visage sous les effets conjugués d’une immigration de masse  et d’une société de consommation de plus en plus addictive et hédoniste, avec l’obligation corollaire de communier obligatoirement dans la religion totalitaire des droits de l’homme ».


    Vous êtes nouveau dans le paysage éditorial. Pourriez-vous vous présenter ?

    Pas si nouveau que cela, puisque je collabore ou ai contribué, depuis plus de quinze ans, à divers journaux et revues, de Rivarol à L’Action française 2000, en passant par Le Choc du mois, Réfléchir et Agir, Nouvelle Ecole ou Boulevard Voltaire. Je suis assez inclassable et si je devais me définir, je reprendrai cette citation de Drieu La Rochelle, selon laquelle, je suis plus fidèle à une attitude qu’à des idées.

     

    Vous avez sous-titré votre livre « la dérive kleptocratique du monde contemporain ». Qu’est-ce que cela signifie ?

    Comme vous le savez, le sous-titre éclaire bien souvent le titre. Par l’usage d’un mot quelque peu inusité, j’ai voulu montrer (et c’est tout le propos du livre) que nous étions volés à nous-mêmes par ceux qui nous dirigent. En d’autres termes, nous ne nous reconnaissons plus nous-mêmes, notre environnement, autrefois (il n’y a d’ailleurs pas si longtemps puisque la période considérée s’étend sur une petite quarantaine d’année) si familier à notre regard, nous devient peu à peu étranger, tandis que nos codes culturels et sociaux (nos us et coutumes, en quelque sorte) cèdent le pas à des comportements et références plus « exotiques ». C’est un fait indéniable que nos sociétés contemporaines changent de visage sous les effets conjugués d’une immigration de masse (qui est le vecteur de l’islamisation de nos pays) et d’une société de consommation de plus en plus addictive et hédoniste (donc superficielle et éphémère), avec l’obligation corollaire de communier obligatoirement dans la religion totalitaire des droits de l’homme. Tels sont, selon moi, les marqueurs principaux de l’idéologie mondialiste. Le problème, voire le danger absolu pour notre civilisation française et européenne, est que nous finissons par « oublier » progressivement notre être profond et que nous ne savons plus dans quelle direction nous allons. Nous sommes devenus des consommateurs mondialisés, c’est-à-dire, nomades, apatrides, déracinés, acculturés, métissés, aseptisés (par l’hygiénisme ambiant), conformistes (notre esprit critique ayant été étouffé par le « politiquement correct »).

     

    Vous brossez un tableau assez pessimiste, pour ne pas dire sombre, sinon apocalyptique…

    Hélas, je n’y suis pour rien, puisque je me suis borné à photographier la réalité en assortissant mes clichés d’une grille d’interprétation, laquelle est forcément subjective, donc discutable. Mais casser ou cacher le thermomètre ne fait nullement redescendre la température et la grippe est toujours là.

     

    Vous balayez beaucoup de thèmes, l’islam côtoyant la « mal-bouffe », elle-même voisinant avec la diplomatie, le « pouvoir d’achat » et des portraits politiques.

    En choisissant pour titre, Détournement d’héritages, j’ai emprunté une formule que les notaires connaissent bien mais aussi ceux qui se disent victimes d’indélicatesses de la part de défunts qui les auraient déshérités. Par-là, j’ai souhaité montrer la vie des gens, notre vie. Nous sommes quotidiennement confrontés à des problèmes aussi divers que l’alimentation, la santé, la météo, la peur, etc. Tous les jours, le journal télévisé, la radio ou Internet relatent les horreurs et autre évènements de l’humanité. Quand vous prenez le métro, vous vous affrontez à la réalité brute et entêtée, celle qui vous fait prendre conscience (si vous faites marcher votre sens critique) de tous ces thèmes abordés dans mon livre.

     

    Vous traitez aussi de l’homosexualité et de l’antiracisme. Deux questions relativement explosives quand on sait que la liberté d’expression en ces domaines est en résidence surveillée. S’agissant du premier, vous osez des termes comme « paires » (au lieu de couples) homosexuelles et suggérez même le caractère pathologique de l’homosexualité qui, en ce sens, relèverait de la psychanalyse. Au sujet de l’autre, vous écrivez qu’il est « un racisme voire même un racialisme et, comme tel, un suprématisme ». Bref, n’y allez-vous pas un peu fort ?

    Mes propos méritent d’être lus et relus, surtout entre les lignes. Quand j’affirme, que «  prenant pour acquis l’axiome freudien, sans courir le risque (et pour cause !) de le démontrer, la psychanalyse contemporaine évacue tout bonnement l’homosexualité du champ de sa critique clinique », c’est moins pour définir l’homosexualité par un marqueur essentiellement pathogène, que pour montrer, en creux, comment la psychanalyse s’est, selon moi, déconsidérée (et donc décrédibilisée) en contournant et en travestissant les évidences. Ce qui est critiquable n’est pas l’homosexualité en tant que telle, qui relève de l’intimité la plus absolue (et qui, se faisant, ne dérange personne, les homosexuels eux-mêmes, dans leur écrasante majorité, réclamant à juste titre, un droit à l’indifférence ), mais le fait que la psychanalyse (à l’instar de la climatologie) est devenue, au fil des décennies (et grâce à l’alibi bien commode mais très discutable du freudisme) un discours monolithique et dogmatique qui ne souffre guère la dissidence. Les débats, souvent vifs, qui ont opposés partisans et contempteurs du « mariage » pour tous et la victoire indiscutée des premiers est symptomatique, à cet égard, de la prégnance de ce discours univoque et, in fine, totalitaire, de la psychanalyse auto-érigée en arbitre des orientations sexuelles. A l’évidence, il me semble que l’enracinement de ce discours dans l’esprit de l’opinion comme dans celui de l’université, a contribué à l’émergence de théories farfelues (« gender », mariage homosexuel, homoparentalité, etc.), appuyées par des revendications marginales mais puissamment relayée au sein des médias et des cercles de pouvoirs. Il en va de même concernant la question de l’antiracisme, que j’aborde sous l’angle, là encore, totalitaire, d’une religion d’Etat.

     

    Toutefois, vous conviendrez que votre propos sera loin de faire l’unanimité, y compris dans « nos milieux »…

    Et alors ! En cohérence avec ma démarche, si je combats la pensée unique de gauche, ce n’est pas pour me complaire et m’encaserner (et avec moi, les lecteurs) dans une pensée unique de droite. C’est pourquoi j’appelle à une lecture attentive et subtile de ce livre touchant  bien d’autres domaines qui sont autant d’indices de la dépossession de nous-mêmes, en tant que peuple, en tant que Français, en tant qu’Européens.

     

    Votre ouvrage s’appuie sur une vaste bibliographie où l’on perçoit vos influences philosophiques.

    Certainement. En écrivant, on se dévoile et il est difficile de demeurer en retrait de soi. Je viens de l’Action française et il ne faut pas s’étonner de retrouver, çà et là Maurras et Bainville. Mais je revendique une filiation non moins forte avec la pensée d’Alain de Benoist, de Jacques Ellul ou de Jean-Claude Michéa. Quoi qu’il en soit, il n’y a pas chez moi de rigidité ou d’obsession idéologique, même si j’aime fréquenter les auteurs qui ont naturellement ma préférence. Et puis reconnaissons d’ailleurs que ce sont ceux qui n’ont pas les faveurs des médias, qui défendent les thèses les plus pertinentes.

     

    Détournement d’héritages, d’Aristide Leucate, éditions de L’Æncre, collection « A nouveau siècle, nouveaux enjeux », dirigée par Philippe Randa, 280 pages, 25 euros

  • Nouveau livre d'Aristide Leucate

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    Détournement d'héritages

    Préface de Pierre Hillard

     

    La longue histoire des peuples en témoigne. Jamais, en une si courte période, la France et l’Europe n’auront connu d’aussi grands bouleversements, à la fois démographiques, anthropologiques et culturels. En trente ans, nos nations ont été littéralement vampirisées, délibérément vidées de leur substance identitaire et civilisationnelle par le mondialisme. Celui-ci, renouant avec les réflexes archaïques et pré-barbares du nomadisme, véhicule une idéologie ethnocide de la déterritorialisation et de la déshumanisation. Pour ce faire, il s’appuie sur une technostructure complexe et redoutablement efficace destinée à priver les Européens de leur longue mémoire, pourtant vitale à leur pérennité comme à leur vitalité. Âme autant que miroir de l’Europe, la France se voit ainsi contestée dans son indépendance, niée dans son identité profonde et dépossédée de ses moyens politiques essentiels. Son héritage historique, politique, social et culturel, aussi ancien que précieux, est ignominieusement détourné et bradé par ses propres gouvernants ayant fait le choix, contre les peuples, d’une société multiculturaliste ouverte aux quatre vents. C’est l’ambition de ce livre que de décrire cette funeste entreprise de captation d’héritages, par un système infernal institué à dessein. Pour comprendre ce qui nous arrive. Pour réagir.

     

    Editions de L'Æncre, Collection "A nouveau siècle, nouveaux enjeux", 282 p., 25€

     

    Disponible sur Francephi.com

  • Topographie du Front National

     

    Le parti de Marine Le Pen entretien la rumeur (et, subséquemment, les fantasmes ; les branchés emploieraient volontiers le terme « buzz », cette affreuse onomatopée « globisch »), à proportion de ce qu’il effraye manifestement le système. S’il fait peur, c’est qu’il est insaisissable, tant pour les « spécialistes » des élections, que pour les responsables du parti lui-même, sans oublier les électeurs, finalement les premiers concernés.

    Premier parti de France ?

    Un récent sondage (à prendre avec les pincettes de rigueur) réalisé pour le Huffington Post et I-Télé fait ressortir que 57% des Français, toutes tendances politiques confondues, considèrent le Front national comme un parti situé à « l’extrême droite » du paysage politique français. 32% proches du FN estiment même que cette étiquette lui convient parfaitement. Pis, seulement 11% des sondés répondent que le FN est un parti « ni de droite, ni de gauche » (20% chez les sympathisants marinistes), résultat qui tend à montrer que la posture gaulliste d’un parti qui se veut au-dessus de la mêlée partisane est inaudible électoralement. Marine Le Pen contribue à opacifier un peu plus cette situation. N’a-t-elle pas déclaré à L’Express (2 octobre), que son parti n’était « absolument pas un parti de droite, ceux qui le pensent [faisant] une erreur d’analyse totale » ? La même, avertissait le lendemain sur RTL, devant un Jean-Michel Apathie blêmissant, qu’elle intenterait des actions judiciaires à l’encontre de quiconque diffamerait son mouvement en le taxant d’« extrême droite ». Dès lors, de deux choses l’une : soit le FN n’assume plus, même lointainement, l’héritage idéologique du père fondateur, Jean-Marie Le Pen, soit ambitionne-t-il une refondation de la gauche, entreprise folle, s’il en est. Car, le parti frontiste est pressé. Il doit remporter un certain nombre de mairies lors des prochaines élections municipales, tout en ravissant, aux Européennes, la place enviée de premier parti de France qui lui donnerait la dynamique nécessaire pour la Présidentielle de 2017. Néanmoins, c’est cet écart entre la stratégie électoraliste d’un parti dont la vocation naturelle est d’accéder au pouvoir et son positionnement idéologique dès plus vaporeux (y compris pour son partenaire souverainiste du SIEL de Paul-Marie Coûteaux, prônant clairement l’union des droites) qui risque, à moyen terme, d’entamer son ascension.

    Le nouveau parti radical ?

    Il convient de reconnaître que la doctrine du FN est frappée du sceau inaltérable de l’ambiguïté. Or, c’est précisément le talon d’Achille d’un parti qui tout en ayant parfaitement diagnostiqué la dilution de la gauche et de la droite dans l’océan du mondialisme, demeure, nonobstant, comme tétanisé au milieu du gué. En d’autres termes, le FN semble englué dans une incapacité intellectuelle à choisir son camp idéologique. Il oublie que dans un régime ayant la démocratie comme facteur exclusif de légitimité du pouvoir, il est suicidaire de ne pas proposer une « offre » politique à ceux dont on sollicite les suffrages. Même l’élection présidentielle qui implique, paraît-il, la rencontre d’un homme (ou d’une femme) avec son peuple ne peut, sans hypocrisie, s’affranchir d’une telle donnée élémentaire. Ainsi va le régime électif, sauf à le dénoncer comme la source de bien des maux institutionnels, comme le fait inlassablement l’Action française depuis un siècle. C’est que Marine Le Pen n’est pas le roi et qu’on la somme, prestement, de se déterminer. Osons, modestement, le faire pour elle. Dans son programme présidentiel, Pour que vive la France, elle déplore qu’« il n’y a plus d’alternative à gauche ». Dans le même temps, s’appuyant sur Jaurès elle fait l’éloge de la patrie, seul bien des pauvres quand ils ont tout perdu et se lance dans une défense acharnée de la laïcité et de l’Etat conçu comme « indissociable de la nation ». Ce tropisme centralisateur conjugué à un certain volontarisme gaullien placerait d’emblée le parti frontiste dans la catégorie politique, assez polymorphique, il est vrai, des radicaux[1]. Ni du centre et encore moins de gauche et de droite, mais farouchement républicain dans une perspective sociale et nationale, certes rénovée mais ancienne puisque s’enracinant dans la fin du Second Empire. Ce faisant, elle emprunterait davantage à Jules Simon ou à Gambetta qu’à Adolf Hitler, n’en déplaisent à ses détracteurs ignares. Aussi, cette approche doit-elle relativiser le « mouvement dextrogyre » théorisé par le politologue, Guillaume Bernard (s’inspirant d’Albert Thibaudet), selon lequel le peuple français inclinerait à droite. Le FN cherche à se dégager de cette traditionnelle taxinomie « droite » et « gauche » et, partant, oblige les autres forces politiques à rebattre leurs cartes idéologiques. Plus qu’une translation de la gauche vers la droite, c’est à une recomposition profonde de l’échiquier politique à laquelle nous commençons d’assister qui opposera, dans un futur proche, les libéraux mondialistes (PS, UMP, UDI-MOdEM), les étatistes libertaires (PC, Parti de Gauche, EELV) et les souverainistes (FN, SIEL, DLR).

    Article paru dans L'Action Française 2000 n°2871



    [1] Nous avons développé cet aspect dans notre ouvrage, Détournement d’héritages, publié aux éditions l’AEncre, auquel nous nous permettons de renvoyer le lecteur (ouvrage disponible sur Francephi.com)